Las Entretiens de Fuerteventura Magazine
Domingo Fuentes Curbelo – Directeur Insulaire de l'Administration Générale de l'État
novembre 2021

Domingo Fuentes Curbelo – Directeur Insulaire de l'Administration Générale de l'État

“C'est un mensonge et une injustice d'essayer de faire l'amalgame de la pandémie ou de la délinquance avec l'immigration”

Nous nous sommes rendus à la Délégation du Gouvernement pour rencontrer son directeur, Domingo Fuentes Curbelo. Cela fait plusieurs années que nous vous avions rencontré; à l'époque, vous étiez Secrétaire Général du Parti Socialiste, n'est-ce pas?

Effectivement, j'ai été 12 ans à la tête du Parti Socialiste, pendant le mandat du président Zapatero.

Il serait très intéressant de nous parler de qui est la personne derrière le poste, puisque cette section s'appelle «Qui est qui».

Bien, je suis diplômé en Philologie anglaise et germanique. J'ai été intérimaire pendant deux ans et je suis sorti de l'opposition et ai exercé en tant que professeur. J'ai même été directeur de l'école San Diego Alcalá de Puerto del Rosario. Puis, on m'a offert d'entrer dans la politique active, et bien que je n'y avais jamais pensé, j'ai pensé que ce serait une expérience intéressante. Cependant, j'avais stipulé la condition que je n'abandonnerais pas mon poste, j'ai donc continué à enseigner tout en étant vice-président et conseiller de la Culture. Je pensais que ce serait un mandat politique de 4 ans, mais j'y suis resté 24 ans en continu. Je suis passé par de nombreux postes, dans l'opposition au Cabildo, vice-président à trois reprises pour la même institution, plus deux mandats au Parlement des Canaries et j'ai terminé avec un mandat au Sénat. Pour ce dernier, je me suis dit que ce serait le dernier poste de ma vie politique et effectivement, j'avais repris ma place de professeur, où j'avais l'intention de rester jusqu'à ma retraite.

Mais vous avez de nouveau un poste en politique...

Oui, quand il y a un changement de gouvernement, tous les délégués et sous-délégués changent pour toutes les communautés autonomes et également les directeurs insulaires de l'Administration. Ils m'ont donc contacté pour que je me présente et c'est pourquoi je suis de nouveau actif. Et pendant tout ce temps, il y a quelque chose à quoi je n'ai jamais renoncé, et c'est qu'en plus d'être un lecteur invétéré, j'écris également. J'ai publié quatre livres de poésie et trois nouvelles.

Écrivez-vous en ce moment?

En ce moment, j'éprouve une certaine paresse intellectuelle à cause de la charge de travail à laquelle nous sommes confrontés ici. En apparence, c'est un poste facile, car presque toutes les compétences de l'État ont été transférées aux communautés, cependant, j'ai dû faire face à presque deux «fléaux bibliques» de niveau mondial. D'une part, la pandémie et, d'autre part, la gestion du problème de l'immigration, qui, après un ralentissement de presque une décennie, est revenue en force avec l'arrivée des bateaux de fortune. On pourrait y travailler 24 heures par jour.

La partie humanitaire est très touchée...

Effectivement, et en plus nous devons combiner les forces de sécurité qui attendent d’appliquer les instructions du Gouvernement espagnol et les coordonner avec les forces locales, et parfois nous n'avons pas tous les effectifs nécessaires. C'est pourquoi, quand on demande «où est la police?» lors d'une beuverie de 400 personnes, on ne pense pas que les forces de police représentent 10 ou 12 personnes et qu’elles ont toujours la pire tâche face à ces masses incontrôlables.

Le thème de l'immigration est un sujet douloureux et brûlant actuellement.

La globalisation n'a pas seulement déplacé les marchandises, les commerces et les ressources, les personnes aussi changent leur vie en quête du rêve d'une vie meilleure. À partir d'octobre 2018, les immigrants n'ont cessé d'arriver via les Canaries, surtout, en 2021, quand les autres voies qui passent par l'Europe, comme la Grèce, la Turquie, etc., étaient déjà saturées et plus contrôlées. Traverser la frontière illégalement n'est pas un délit puni d'emprisonnement; ce sont des personnes désespérées qui, parfois, ont été dupées. En 2018, sur l’île, nous n’avions pas de structures adaptées au nombre de personnes qui arrivaient. Ceux qui arrivent doivent être traités avec dignité et dans le respect de leurs droits qui sont régis par le droit international. Notre tragédie, c'est que nous n'avions pas où les loger, parfois, nous devions presque les laisser à la rue avec une couverture de la Croix-Rouge. Ces trois dernières années, nous avons doté l'île de ressources en tout genre pour qu'on puisse respecter leurs droits, qu'on les accueille dignement et que leur arrivée ne représente aucun risque aux résidents ou aux visiteurs. C'est un objectif qui a été atteint. Je peux vous donner d'autres données très révélatrices: j'ai demandé au commissaire de Police, combien de délits avaient été commis par les plus de 4.000 immigrants qui étaient arrivés ces dernières années à Fuerteventura et la réponse estzéro, malgré toutes les rumeurs qui circulent. Et combien de lits à l'hôpital, y compris en soins intensifs, ont été utilisés par des immigrants et la réponse du directeur de l'hôpital est zéro de nouveau, alors qu'on entend des histoires malintentionnées racontant le contraire. Cela démontre que c'est un mensonge et une injustice, d'essayer de faire l'amalgame de la pandémie ou de la délinquance avec l'immigration. Nous n'avons même pas 400 immigrants à Fuerteventura. Des 4.000 personnes qui sont arrivées, la plupart ont voyagé vers d'autres pays, parfois à la recherche de leurs familles, mais, ce qui transpire de tous ces «fake news», c'est la sous-jacence de l’élément raciste, xénophobe et surtout ce nouveau concept de «pauvrophobie», qui est la haine des pauvres, parce que s'ils étaient riches, on leur déroulerait un tapis rouge à leur arrivée.