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Histoires à Fuerteventura
novembre 2021

Histoires à Fuerteventura

Ce compte rendu, sous forme de «Requiem», fait partie du «Diario Consular» (Journal consulaire), des heures, des jours devenus années, que j'ai vécu jusqu'à aujourd'hui. J'ai vu passer trois générations, les premières parlaient à peine français, leurs enfants, qui sont nés et qui ont fait ici leurs vœux, d'oublier les pénuries endurées par leurs parents, leurs petits-enfants, encore trop jeunes pour savoir ce qui allait se passer... Tous vivent selon le mot magique «Inshallah». Je ne le comprends toujours pas, peut-être un jour...

Requiem pour Joseph Conde

À peine vingt mètres carrés, au bout d'un escalier étroit. Le foyer de Joseph Conde. Une marmite fumante, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, comme le veut la tradition. Au sol, Joseph est le mort. Joseph était un des milliers d'immigrants de Guinée qui étaient arrivés dans les Canaries pendant les années des pirogues et des embarcations de fortune, de morts quotidiennes, anonymes... La fuite, des voyages vers la Péninsule, le billet gratuit, un aller simple. Il était bon mécanicien, c'est ainsi qu'il avait trouvé un emploi. Ignorant la réalité parallèle, de nos panacées d'intégration. Joseph s'était marié avec une Guinéenne et il avait deux enfants, de 6 et 2 ans. Il vivait dans la misère, comme la plupart et espérait que le lendemain serait le dernier mauvais jour. Il avait toujours espoir... Je pensais qu'il aurait aimé savoir qu'un jeune policier blanc faisait des douzaines de coups de fil pour essayer d'expliquer que Joseph était mort ce matin-là, qu'il était presque vingt-deux heures et qu'il était toujours là. Selon son expression, ce n'était pas facile du tout pour lui, et à juger selon ce qu'il m'a demandé de traduire à la veuve, encore pire que cela. Joseph Conde avait toujours été reconnaissant des gestes aimables envers lui, même les plus modestes. Je pense que les voix sont nos mémoires, mais Joseph n'aura pas ces voix, parce que presque personne ne se souviendra de lui, tout comme sa reconnaissance, celle de la Communauté Guinéenne dans les Canaries et la mienne, au Centre et à la Brigade de la Sécurité Urbaine de la Police Nationale.

 

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