José Concepción Hernández  -  Ténor
août 2022

José Concepción Hernández - Ténor

«Quand le frère d'Alfredo Kraus m'a entendu chanter, il m'a dit que j'avais une voix splendide»

La saison des opéras de Fuerteventura commence en septembre, et c'est donc maintenant le moment idéal pour rencontrer José Concepción, un ténor renommé dans le monde du bel canto, né à Fuerteventura. C'est une personne aimable, sympathique et facile d'approche qui nous reçoit dans son domicile, et rapidement, nous entamons une conversation agréable et intéressante, que je vais tenter de transcrire pour nos lecteurs.

De ce que nous savons, vous êtes l'unique chanteur d'opéra que l'île a produit?

Je fus le premier, mais après moi, il y en a eu un ou deux autres.

Quand avez-vous découvert cette vocation ? Parce qu'à cette époque, sur cette île, cela n'a pas dû être facile.

Cela ne vient pas de ma famille, j'ai toujours aimé chanter et à partir de l'âge de 7 ans, j'ai commencé à chanter dans un groupe folklorique de Tetir, et ensuite, à 15 ans, ils m'ont emmené à des événements de solistes qu'il y avait à Las Palmas. C'est là que se trouvait le frère d'Alfredo Kraus, qui m'a entendu chanter et qui m'a dit que j'avais une voix splendide, et que je pourrais chanter de l'opéra. Je fus surpris, car chanter de l'opéra me semblait étrange et ennuyeux, mais il insista et me dit que son frère pouvait m'écouter au Reina Sofía à Madrid. Je lui répondis que je ne pouvais pas me payer le voyage, mais peu de temps après, on m'appela en me demandant de préparer quelque chose parce qu'ils voulaient m'écouter. J'ai préparé la Donna e mobile, sans connaître le solfège, ni la musique, seulement à l’oreille, et c'est ainsi que je suis allé à Madrid.

Encore mieux, rien qu'avec votre voix...

Oui, j'avais la voix, mais aujourd’hui, j'aurais été incapable de faire la même chose, c'était cette insouciance de la jeunesse. De plus, j'étais décontracté, pour moi, c'était simplement un monsieur qui allait m'écouter. Ils m'écoutèrent le jour après mon arrivée et me demandèrent «avec qui je prenais mes classes», je leur répondis, «avec personne», et fus assez surpris. On me donna une bourse pour que je puisse aller étudier à Madrid et j'y ai étudié pendant quatre ans. Avec Kraus, je suis également allé prendre quelques cours à Santander et peu après, son épouse mourut, il fut très affecté, je crois que tout le monde sait qu'il est mort de chagrin.

Nous ne savions pas que la mort de son épouse avait été si destructive dans sa vie...

Oui, cela l'a beaucoup marqué et quand il est mort à son tour, je ne savais pas avec qui étudier, j'étais un peu désorienté, mais un jumelage fut organisé entre Cuba et Fuerteventura suite à un raz-de-marée à Cuba, et j'ai chanté pour eux. Ils apprécièrent beaucoup et je leur ai expliqué que j'avais étudié avec Kraus, mais que maintenant, j'étais un peu perdu, et ils m'offrirent une bourse pour aller étudier à Cuba. Je suis resté six mois à l'Institut Supérieur de l'Art et six mois en tant que soliste à l'opéra, ce qui m'a donné de l'expérience et de l'aisance, ce qui était difficile à acquérir ici. Les pays socialistes ont toujours un attachement culturel très fort, ils ne vous donnent pas seulement la théorie, il fallait avoir de la pratique, je n’étais pas payé, mais ils ne me faisaient rien payer non plus. J'ai appris à chanter avec un orchestre et face à un public.

C'est une très bonne expérience...

Ce fut décisif, ensuite, j'ai eu un contrat d'un an à l'opéra de Prague, qui m'a beaucoup plu. Ensuite, il y eut un hommage en l'honneur d'Alfredo Kraus à Las Palmas, et ils me contactèrent pour venir chanter. Mirela Freni, la grande chanteuse italienne, se trouvait parmi le public, et elle m'invita à l'école qu'elle avait avec Pavarotti et c'est ainsi que j'ai complété ma formation.

Dans quels autres endroits avez-vous chanté?

Je pense que, mis à part l'Australie, j'ai chanté sur tous les continents. J'ai chanté au Caire, en Corée, à Taormine, dans les ruines du théâtre grecque Aida, devant 10 000 personnes, etc. ce fut une très belle vie et j'ai vanté mon île dans tous les lieux où je suis allé.

Vous nous disiez que vous revenez à Fuerteventura dès que vous le pouvez, que vous avez besoin de cette tranquillité, mais que vous êtes toujours actif, pas seulement dans les îles, mais que vous chantez partout dans le monde, n'est-ce pas?

En effet, je continue ma carrière, le 15 août, je chante Madame Butterfly au lac de Côme en Italie, sur une magnifique scène extérieure. En octobre, je chante la 9° symphonie de Beethoven, en Allemagne, et ensuite, je vais en Suisse, puis, en Italie. Cette année, j'ai chanté en Géorgie et j'ai dû suspendre le concert qui était prévu en Russie, au Palais Présidentiel, bien qu'ils ne le veuillent pas. Mais j'ai beaucoup chanté en Ukraine et je connais de nombreux musiciens, chanteurs, machinistes, etc., et je ne peux les imaginer en ce moment, en pleine guerre. Ils sont même venus chanter ici et se sont adaptés à ce que Fuerteventura pouvait payer. Je les ai convaincus de la beauté de l’île et de la possibilité de la découvrir et de s'y reposer. Pour l'année prochaine, nous avons le projet d'une œuvre de Puccini, Suor Angélica, avec l'argument d'une nonne et j'aimerais le faire dans le couvent de Betancuria, à l'air libre, qui, de plus, est mon endroit préféré sur l'île pour me reposer et étudier.

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