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Calle Pinito del Oro
août 2022

Les rues de Fuerteventura

L'art s'est également trouvé un espace privilégié dans le guide des rues de Fuerteventura. Ce sont souvent les créateurs qui sont à l'honneur. C'est le cas de la rue (calle) Velázquez et de la rue El Greco. Parfois, il s'agit de personnages plus actuels, généralement des Espagnols, comme la rue dédiée à la célèbre trapéziste des Canaries, Pinito del Oro, qui se trouve dans le village d'El Cotillo, tout près du port et du Mirador Hornos de Cal.

Calle Pinito del Oro

Les rues de Fuerteventura

María Cristina del Pino Segura Gómez, plus connue internationalement comme « Pinito del Oro », était la plus jeune des filles de la famille nombreuse de José Segura Fenollar. Elle était née dans le cirque de son père, qui était le fils du propriétaire du célèbre Cirque Hermanos Segura. Presque tous ses oncles, qui étaient onze, travaillaient dans le monde du spectacle et étaient nés à Las Palmas de Gran Canaria. Pinito est venue au monde dans le quartier de Guanarteme, et sa pauvre mère, qui avait déjà mis au monde dix-neuf enfants, dont seulement sept avait survécu, ne voulait pas qu'elle s'investisse dans le cirque. Cependant, tout semblait indiquer que le trapèze attendait María Cristina del Pino, car sa sœur, Esther, mourut dans un terrible accident de circulation alors que la famille effectuait le trajet entre Cádiz et Séville. Peu convaincu de ses facultés physiques, son père n'eut d'autre option que de la faire monter au trapèze le jour suivant pour honorer les réservations en cours. Cette tragédie familiale changea complètement sa destinée et elle devint une spécialiste de la technique de l'équilibre en vol. Des années plus tard, elle devint célèbre pour ne pas utiliser de filet de protection dans aucun de ses spectacles, bien qu'elle ait subi plusieurs chutes qui auraient pu être mortelles et dont elle s'était remise, heureusement. Lors d'une représentation du cirque dans la ville de Valence, elle rencontra le représentant Européen d'un très grand cirque américain, le «Ringling Brothers and Barnum and Bailey Circus». Pour pouvoir voyager aux États-Unis et être employée par cette entreprise, elle dut se marier en Espagne, car la situation de la femme à cette époque ne permettait à aucune femme de voyager sans la permission expresse de son mari. Elle se maria avec Juan de la Fuente et bien que lors de certaines interviews, elle disait que ce mariage n'était pas particulièrement heureux, le fait est, que son mari l'accompagna pendant toute sa carrière professionnelle et ils étaient si inséparables qu'il tenait l'échelle avec laquelle Pinito montait jusqu'au trapèze. Et ils eurent plusieurs enfants. En 1955, elle revint en Espagne, où elle était considérée comme une star, et elle occupa diverses fonctions dans le Cirque Price de Madrid. Une année plus tard, elle effectua les scènes de doublage du film « Trapèze » du directeur Carol Reed, pour substituer Gina Lollobrigida. Elle subit trois terribles chutes, la première à seulement 17 ans, quand elle se fendit le crâne, et resta huit jours dans le coma. La même chose se passa de nouveau, des années plus tard et elle dut également subir trois opérations des mains et des pieds, qui s'étaient courbés à cause de l'utilisation continuelle du trapèze. Son dernier accident fut la cause de sa retraite du monde du cirque, en 1960, quand elle devint femme d'affaires et inaugura un hôtel qui portait son nom dans sa ville natale. Huit années plus tard, elle revint au Cirque Price, et prit sa retraite, définitivement, en 1970, ce qui coïncida avec la dernière saison de ce cirque avant sa démolition. Mary Santpere assista même à son adieu triomphal. Malgré son incessante activité, elle écrit plusieurs livres: «Trapecio. Conocimiento y técnica» (Trapèze. Connaissance et technique) et «Pinito del Oro. Memorias de una trapecista. Autobiografía» (Pinito del Oro. Mémoires d'une trapéziste. Autobiographie). Ce dernier fut rejeté à plusieurs reprises sous prétexte que le cirque était déjà très démodé. Elle écrit également des romans «Nacida para el circo» (Née pour le cirque), «La víspera» (La veille) et «El italiano» (L'italien), et elle fut même finaliste dans des concours prestigieux comme le concours Ciudad de Oviedo et le concours Blasco Ibáñez. En 2017, elle remporta la médaille d'Or des Canaries, quand elle confessa qu'elle s'était seulement sentie véritablement heureuse sur le trapèze. Elle mourut quelques mois plus tard, le 25 octobre de cette même année, d'un AVC. Elle avait 86 ans. Un an plus tard, l'Association Nationale des Amis des Théâtres Historiques (Asociación Nacional de Amigos de los Teatros Históricos) créa le Prix Pinito del Oro des Arts du Cirque, pour honorer les artistes performant des numéros reconnus comme « encore plus difficiles », un slogan très habituel de ce genre de spectacles. En 1994, l'Ayuntamiento de Las Palmas de Gran Canaria donna son nom à une place située sur la Promenade de Las Canteras. La Maison de la Culture d'Albadalejo, à Ciudad Real, où était née sa mère, porte également son nom. Une reproduction de Pinito del Oro figure dans le Musée de Cire de Madrid (Museo de Cera de Madrid) et bien que les jeunes de nos jours ne connaissent pas vraiment ce nom, il y aura toujours une grand-mère qui continuera à crier à ses petits-enfants «descends de là, tu vas tomber, tu te prends pour Pinito del Oro!».

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