Le luxe d'être un chat majorero
août 2021

Le luxe d'être un chat majorero

On dit toujours que les chats ont sept vies, mais ceux de Fuerteventura en ont certainement assez d'une. Le climat privilégié des Îles Canaries permet d'éviter les températures extrêmes qu'on trouve en Espagne et c'est un avantage. À «La Maxorata», il n'y a pas autant de colonies de félins comme dans d'autres villes et, depuis quelques années, si vous vous promenez à Fuerteventura et que vous êtes surpris par un objet d'une forme bizarre, il ne s'agit pas d'un «archipenco» (gadget hydrodynamique propulsé par une énergie non polluante) qui aurait été oublié. Si, en plus, vous voyez des récipients d'eau et de la nourriture à l'intérieur et que vous voyez quelques minous rôder dans la zone, vous avez de la chance: c'est une des maisonnettes que construit Daniel Nuevo Hidalgo. Nous l'avons rencontré dans le quartier de Los Pozos à Puerto del Rosario, où se trouve son cabinet d'avocats et il nous surprend par sa jeunesse et sa jovialité. Daniel est né à Gran Canaria, son père venait de Séville et sa mère des Canaries, mais il a passé la plupart de sa vie à Fuerteventura.

Comment avez-vous eu l'idée de fabriquer des maisonnettes pour que les chats puissent s'y réfugier?

J'ai toujours aimé les animaux et je me souviens qu'il y avait un chat près de ma maison à qui je donnais à boire et à manger. Mais, il y a quelques années, il avait plu énormément à Fuerteventura et comme il ne se laissait pas attraper, il était trempé. Il en est mort après quelques jours, et c'est alors que je me suis rendu compte de la nécessité de faire quelque chose pour que les chats puissent se réfugier.

Et vous avez eu l'idée des maisonnettes...

Pas au début. J'ai commencé par faire des choses très rudimentaires avec des boîtes en carton et en bois, mais les agents de la propreté passaient et tout partait à la poubelle. Alors, j'ai eu l'idée de faire quelque chose de différent, qui attirerait l'attention et ne se retrouverait pas à la poubelle. C'est de là qu'est venue l'idée des maisonnettes.

Pourquoi avez-vous choisi les chats et non les chiens?

Parce que, heureusement, la mentalité a beaucoup changé concernant les chiens. Avant, les gens ne s'en occupaient pas beaucoup, ils les voyaient seulement d'un point de vue utilitaire, pour garder les maisons et les terrains ou pour la chasse. De nos jours, ils sont beaucoup mieux protégés, et le nombre de personnes qui ont des chiens comme animal de compagnie a augmenté et on ne voit presque plus de chiens abandonnés dans les rues. Les chats sont des animaux beaucoup plus indépendants, qui vivent dans les rues et c'est pourquoi ils sont plus vulnérables. Parfois, on a un chat à la maison et s'il s'échappe, on ne peut pas le récupérer. Avec les chiens, c'est différent.

Faites-vous partie d'une association animalière?

Non, pas pour l'instant.

Comment est fabriquée une maisonnette?

D'abord, je fabrique la base avec une palette pour les protéger du froid et de l'humidité du sol. Ensuite, je construis le reste en dessus.

Avec quels matériaux les faites-vous?

Avec des planches que je trouve abandonnées sur des chantiers, ou je recycle des meubles abandonnés. Et quand je n'ai rien, j'achète le bois. Je les imperméabilise toujours à l'intérieur avec du liège et si la hauteur le permet, je crée plusieurs niveaux à l'intérieur pour que ce soit mieux adapté à leurs habitudes. On sait que les chats aiment sauter.

Il y en a une qui ressemble à un phare qui est faite de boîtes empilées.

Oui, les matériaux ne sont pas toujours les mêmes. Tout peut servir pour aboutir à quelque chose de sympathique.

Êtes-vous inspiré par des modèles en particulier ou est-ce que les idées vous viennent spontanément?

Je me rends toujours sur place où la maisonnette sera située. C'est essentiel pour le développement de l'idée. Je préfère qu'elles ne se voient pas trop et qu'elles se fondent dans le paysage.

Combien en avez-vous fait pour l'instant?

Entre 15 et 20.

Et où se trouvent-elles?

Presque partout sur l'Île: à Ampuyenta, Puerto Lajas, El Cotillo, Caleta de Fuste, etc.

Est-ce que vous prenez des commandes?

Oui, parfois, quelqu'un dans un village apprend ce que je fais et m'en demande une. Ce sont souvent les personnes qui donnent à boire et à manger aux chats.

Cette activité est-elle compatible avec votre profession d'avocat?

Parfaitement, je fabrique ces maisonnettes pendant les week-ends et quand j'ai du temps de libre.

Considérez-vous cela comme un hobby?

Considérez-vous cela comme un hobby?

Quelle est celle que vous préférez?

C'est difficile à dire. Peut-être celle qui ressemble à une cabine téléphonique ancienne, dont il n'en reste aucune à présent. Elle fait deux mètres de haut et pèse plus de cent kilos. Elle contient plusieurs niveaux pour que les chats puissent monter et descendre.

Et comment l'avez-vous construite?

Avec des plateaux de grandes tables qu'un voisin allait jeter. J'ai eu cette idée quand je me suis rendu compte que ces cabines téléphoniques avaient fait partie de notre paysage pendant tant d'années et que maintenant, il n'y en avait plus dans les rues. En quelque sorte, c'est un hommage au passé.

Et les chats vous connaissent-ils?

Bien entendu, dans les lieux où je vais souvent, ils s'approchent de la voiture même avant que je sois garé. Ils sont intelligents et je crois qu'ils sont reconnaissants aussi.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées en réalisant cette tâche si altruiste?

La méfiance de certains habitants qui se plaignent de tout, la plainte principale est que la nourriture attirerait les rats.

Et qu'en pensez-vous?

Que ce n'est qu'une excuse pour cacher le fait qu'ils n'aiment pas les animaux. Les chats sont naturellement des chasseurs, et même s'ils sont bien nourris, ça ne va pas les empêcher d'attraper un rat, un cafard ou tout autre bestiole qui leur passe sous le nez. D'autre part, si nous réussissons à castrer la plupart, ils ne pourront plus proliférer de façon non contrôlée. Et si nous attrapons ceux qui sont malades pour les emmener chez le vétérinaire, l'hygiène dans les rues s'améliorera. Toutes ces raisons devraient aider les gens à mieux comprendre et accepter notre tâche.

Avez-vous reçu de l'aide de la part des organismes publics?

Aucune. Pour moi, c'est quelque chose de personnel que je fais de bon cœur. Ce que je demande, par contre, c'est de ne pas interférer avec ce que nous essayons de faire pour aider les animaux. Longue vie aux petits chats majoreros!

 

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